La Voix de Jacquou - Edito Avril 2020

L'Edito d'Avril

Retranscription de l'Edito du mois d'Avril :

Chers Camarades,

Tout d’abord, j’espère que vous allez bien, vous et vos proches. Ce qui est sûr, c’est que la pandémie de coronavirus place notre pays et l’ensemble de l’humanité face à d’immenses défis. À commencer par celui de sauver les vies menacées, de protéger toute la population.

C’est l’absolue priorité, celle qui doit guider tous les choix. Alors que l’épidémie prend de l’ampleur, chaque heure compte pour agir et faire passer l’humain avant toute autre considération.

Notre vie à toutes et tous, a été bouleversée par cette épidémie et par les mesures pour y mettre un terme. Nous voulons avant tout apporter tout notre soutien aux personnes touchées par la maladie et adresser nos condoléances aux familles des victimes.

Passée la sidération et les difficultés du confinement, nous avons décidé de nous adresser d’une manière différente à tous nos camarades, à tous les compagnons de lutte, ainsi qu’a tous ceux qui se battent aujourd’hui dans cette période.
Que ce soit les hospitaliers, les éboueurs les conducteurs de bus et de les employés de la SNCF, les agents des collectivités en gros tous les employés du service public, qui aujourd’hui sont en première ligne. N’oublions pas ceux qui nous nourrissent, ceux qui nous permettent de rester confinés. Ceux qui sont obligés d’aller travailler, prenant des risques inconsidérés, pour des activités qui ne représentent pas une utilité vitale pour notre pays, mais qui doivent faire marcher cette économie capitaliste devenue folle. Et j’y reviendrai.

 

Aujourd’hui, le gouvernement et les élus Larem claironne d’une même voix : ce n’est pas le moment de polémiquer, c’est le temps de l’union nationale contre le coronavirus… Macron allant même jusqu’à dire « contre ceux qui veulent diviser, il faut être derrière l’état ». Il nous faut être particulièrement vigilant aujourd’hui à ces phrases qui ne sont pas anodines.

Emmanuel Macron poursuit une communication martiale de chef de guerre, en faisant en sorte de créer un climat « d’unité nationale », interdisant le débat démocratique sur la crise sanitaire et économique ainsi que sur les causes, les responsabilités, à l’origine des pénuries et de l’état sinistré de notre système public de santé.

Le « chef de guerre » insiste beaucoup sur la prétendue « imprévisibilité » de la situation actuelle : « Quand on vit quelque chose qui est inédit, on ne peut pas demander aux gens de l’avoir prévu il y a dix ans », tout en s’exonérant des effets tragiques d’une austérité budgétaire décuplée depuis son élection, et sa participation au gouvernement Hollande et de la casse du service public qui nous amène aussi à cette situation.

Des millions de Françaises et de Français sont non seulement en colère, mais ils sont en plein questionnement. Il nous faut mesurer que même si nous sommes confinés, nous devons, dans un contexte de bâillonnement démocratique sans précédent, a tracer des perspectives.

Il y a deux pendants notables à ce que nous sommes en train de vivre. Premièrement, et on n'en parle pas assez, nous sommes face à une crise démocratique majeure, entrevue bien avant le coronavirus dans la manière qu’ont Macron et ses sbires de gouverner, mais que cette crise exacerbe. 

Macron et son gouvernement prennent toutes les décisions, sans les élus locaux ou nationaux, sans les syndicats et bien sûr sans les citoyens. Au lieu d’observer une trêve à l’Assemblée, comme l’avait annoncé Macron dans un premier temps, c’est une accélération de mesures par décrets, qui touche non seulement au droit du travail (60 h 00, congés imposés, baisse de salaires, etc.) mais aussi à des secteurs comme l’éducation, avec des fermetures de classes sans discussion, un bac en contrôle continu alors que tous les syndicats et les professeurs s’étaient battus contre, et j’en passe. C’est aussi la poursuite de la casse du service public, et notamment la privatisation de la poste accélérer sans que personne n’en parle dans les médias. L’heure est grave à tous les niveaux.

Et il y a bien sûr cette crise économique dont tout le monde nous parle. Elle est d’une ampleur sans précédent, pire que celle de 1929 d’après de très nombreux économistes et que nous allons payer cher.

On peut noter ici comment la presse patronale en France a immédiatement brandi cette prévision comme une sorte de menace pour que tout soit fait pour lever le plus tôt possible les mesures de confinement (indépendamment des risques d’une nouvelle vague de contamination dont les Chinois eux-mêmes ont peur?).

Macron a suggéré être prêt à accorder un soutien public illimité pour tenir « coûte que coûte » l’économie à flots et maintenir « coûte que coûte » la confiance des marchés financiers.

Si, la panoplie de ressources et garanties mobilisées pour soutenir la chaîne des profits s’énonce en plusieurs centaines de milliards d’euros, les dispositifs retenus pour la protection des salariés et de leurs familles paraît bien faibles.

Le millier de milliards que les banques centrales mettent à disposition des banques, ce n’est pas à la disposition des banques qu’il faut le mettre, mais  vers l’économie réelle. Et bien sûr une partie pour le système sanitaire, tout de suite et maintenant ! La priorité des priorités est le matériel tel que les masques et les ventilateurs pour sauver des vies, ainsi que le dépistage pour préparer la sortie du confinement. Si nous sortons du confinement sans dépistage systématique, nous nous referons contaminer avec, en plus, un hôpital à genoux.

Contrairement aux injonctions de l’exécutif, le débat sur l’après n’attend pas la sortie de crise. D’immenses questions sont d’ores et déjà ouvertes, en grand, sur les enjeux essentiels posés pour nos sociétés, pour l’organisation des politiques publiques, pour regagner notre souveraineté.

Le thème de la « relocalisation » pourrait être ainsi mis en avant, mais attention. Aujourd’hui ce thème est abordé de façon national-populiste, sans aucune préoccupation pour les dégâts sociaux engendrés dans les pays ciblés, y compris pour faire accepter des augmentations de prix finals aux consommateurs qui profiteront aux multinationales. Or, ce sont elles les responsables des délocalisations encouragées par les États.

Faisons attention aussi aux propositions de nationalisations, qui pourrait nous apparaître comme faisant partie de nos propositions. Il s’agit de nationalisations partielles durant un temps donné. En gros, nous payons et dès que l’économie repart, les entreprises ainsi nationalisées repartent dans le giron privé. Exigeons de vraies nationalisations de secteurs-clés. Les Français, depuis cette crise, y sont ouverts comme jamais ils ne l’ont été depuis 30 ans…

Pour beaucoup de Français, la pandémie révèle les défaillances de notre modèle, une scandaleuse inversion des priorités et une course insensée d’un système que nul ne maîtrise.
Par un effet vertigineux, s’imposent simultanément l’une des plus grandes tragédies du siècle et l’évidente nécessité de réflexions sur notre monde actuel.
Après la nécessaire prise de conscience écologique, c’est aujourd’hui tout notre modèle de société qui est mis sur la table. Des combats que nous menons de longues dates sont maintenant sur le devant de la scène. Comme avec les gilets jaunes, et de manière plus massive, une prise de conscience est en train de voir le jour.


Alors je vous le dis mes camarades, au lieu de dire que cela fait 30 ans que nous nous battons seuls, soyons heureux qu’aujourd’hui beaucoup de gens s’en préoccupe. Soyons ouverts, prêts à discuter, à partager nos analyses et nos propositions sans prendre les gens de hauts, comme des sachants. Car, oui cela fait des années que nous nous battons, pour les services publics et notamment le service public hospitalier, et heureusement que nous l’avons fait. Mais voyons dans cette tragédie, la possibilité de construire des perspectives, avec un nombre de personnes disponibles bien plus grand que dans notre passé récent.
A ce sujet nous vous faisons passer une pétition à signer. Il faut la partager massivement. De nombreux syndicalistes, des économistes, notamment communistes, des chercheurs et j’en passe en sont à l’initiative. Dans cette période de confinement, utilisons tous nos moyens à disposition, pour qu’un maximum de personne puissent la signer.
Nous vous faisons aussi passer une contribution du CN fait d’analyses et de propositions.


Nous allons convoquer un conseil départemental, en visioconférence, pour pouvoir rester en contact avec vous. Vous recevrez une vidéo ou plus, toutes les semaines. Prenez soin de vous, de vos proches, et surtout restez confinés.
Je vous embrasse toutes et tous et à très bientôt.

L'édito d'Avril de La Voix de Jacquou en ligne ici

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